Tuga, Portos, Avec… les surnoms des Portugais expliqués

Tuga, Portos, Avec, Guesh… Les Portugais ne manquent pas de surnoms. Certains viennent du Portugal, d’autres ont émergé dans les banlieues françaises, d’autres encore se glissent entre membres de la communauté avec une pointe d’humour ou de pique. Chaque surnom raconte une histoire : celle d’une diaspora, d’une identité construite entre deux pays et d’une langue qui se réinvente.

Tuga, le surnom le plus répandu

« Tuga » est aujourd’hui le surnom le plus connu pour désigner un Portugais. Il dérive de portuga, lui-même abrégé de português. Le mot existe depuis longtemps dans la langue populaire, mais c’est l’Euro 2004, organisé au Portugal, qui l’a propulsé dans les médias et dans la conscience collective.

Au Portugal, « tuga » s’utilise avec une vraie affection. C’est un terme identitaire, presque un badge de fierté nationale. On le voit sur des t-shirts, dans des chansons, dans les commentaires sportifs. En France, la communauté lusophone l’a adopté pour se désigner elle-même avec chaleur.

Certains Portugais plus attachés à leur langue hésitent à l’employer : ils préfèrent eu sou português, « je suis portugais », sans diminutif. Mais la tendance générale est à l’appropriation positive du terme.

Portos, Tos, Guesh : les surnoms nés en France

La culture des banlieues françaises a produit ses propres appellations. « Portos » est apparu comme le surnom familier des Portugais, au même titre que d’autres sobriquets ethniques de la même époque. Il s’est ensuite raccourci en « Tos », plus rapide, plus urbain.

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« Guesh » est une version encore plus localisée. Le mot vient de la prononciation familière de « portugues », qui glisse vers portugueche, puis guesh, rimant avec wesh. C’est un terme de banlieue, générationnel, que personne au Portugal ne comprendrait spontanément.

Ces surnoms portent une ambivalence : ils peuvent sembler réducteurs de l’extérieur, mais la communauté se les est souvent réappropriés avec humour. Être suffisamment nombreux pour avoir un sobriquet, c’est aussi une forme de reconnaissance sociale.

Avec et Sava : les sobriquets entre Portugais

Ceux-là sont moins connus du grand public, mais bien ancrés dans la communauté. « Avec » désigne les Portugais installés en France qui rentrent au pays en août, parlent un mélange de français et de portugais (le frantuguês), et affichent parfois une arrogance de « ceux qui ont réussi ailleurs ».

L’étymologie est un jeu de mots cruel : avec en français se traduit com en portugais… et com sonne comme con. Ce surnom acide vient des Portugais restés au pays, qui regardent avec perplexité leurs compatriotes expatriés.

« Sava » est la version plus indulgente, réservée aux enfants de la deuxième génération, nés en France. Pour eux, parler un portugais imparfait, ça passe, ça va. Le jugement est moins sévère.

Lusophone et Luso : les appellations officielles

Le terme lusophone désigne les locuteurs du portugais dans le monde entier. Il vient de Lusitanie, le nom de la province romaine qui recouvrait l’actuel Portugal. Cette racine latine a donné luso-, préfixe que l’on retrouve dans lusophone, lusofonie, ou encore dans le nom de l’organisation internationale CPLP (Communauté des pays de langue portugaise).

« Luso » s’utilise aussi comme adjectif ou préfixe informel : luso-français, luso-brésilien. C’est une façon élégante et neutre de marquer l’appartenance à l’espace culturel portugais, sans les connotations de rue ou d’humour que portent d’autres surnoms.

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Alfacinha et autres surnoms régionaux

Au Portugal même, les régions et les villes ont leurs propres sobriquets. Le plus célèbre est alfacinha (« petite laitue »), donné aux habitants de Lisbonne. Le mot figure dès le XIXe siècle dans la littérature portugaise, notamment chez Eça de Queirós. Son origine exacte reste discutée : certains évoquent les jardins maraîchers qui entouraient autrefois la capitale, d’autres une influence arabe du mot alfaça (laitue). Les amateurs d’histoires de surnoms aux racines énigmatiques apprécieront aussi de découvrir le surnom de Marco Polo et son origine, un autre cas où une appellation a traversé les siècles.

Ce surnom, d’abord moqueur venu des campagnes, est aujourd’hui revendiqué avec fierté par les Lisboètes. Il illustre comment les sobriquets régionaux traversent les siècles et changent de sens chemin faisant.

D’autres villes ont leurs propres appellations : les habitants de Porto sont les tripeiros (« mangeurs de tripes »), surnom né d’un épisode historique où la population aurait donné ses réserves de viande aux marins partant en expédition, ne conservant que les abats.

Ces surnoms régionaux témoignent d’une identité locale forte, faite de mémoire collective et d’humour partagé. Loin d’être des insultes figées, ils sont devenus des marqueurs de fierté pour ceux qui les portent.